RACONTE-NOUS – D’où vient Noël ?

Noël, ce bon vieux Père Noël avec sa barbe et son costume clinquant. La hotte remplie de cadeaux. Les cerfs qui tirent le traîneau. Noël, quelle fête ! Mais d’où nous vient-elle ? C’est dans l’Antiquité romaine que nous remontons, ici, pour parler des Saturnales.
Par Gwendoline STUMPH OUTHEY

Article original sur lesmusesdeparis.fr

Pour vous accompagner dans la lecture :

Groupe : Pentatonix

Qu’est-ce que les Saturnales ?

Chez les Romains, ils fêtaient le nouveau cycle de la Terre à cette période. Il faut savoir qu’en ce temps-là, il était plus courant de retrouver des calendriers en deux saisons : celle de la période de la renaissance avec le printemps et l’été, puis celle de la destruction avec l’automne et l’hiver. On peut retrouver cette idée de cycle dans beaucoup de cultures comme le Tao en Chine, par exemple.

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Saturne est la divinité romaine qui s’apparente chez les Grecs à Chronos, dieu du temps et de la mort. Mais Saturne représente, lui, plutôt la destruction et la renaissance. Les Saturnales entourent le Solstice d’hiver, la nuit la plus longue de l’année. Cette nuit est donc la représentation naturelle du moment où la Terre accomplit son achèvement pour une renaissance. Le dieu et sa symbolique détermine donc le nom de ses fêtes.
Cette période hivernale compte parmi les plus froides entraînant un ralentissement des activités économiques et par conséquent, une augmentation de rites et de célébrations.

Quand se déroulent les Saturnales ?

Les premières Saturnales sont établies le 17 décembre, date à laquelle les Romains organisaient une cérémonie au temple du dieu. Cependant, lors de la réforme calendaire par Jules César en 45 av. J.-C. – où il ajouta deux jours supplémentaires dans le mois – les Saturnales furent déplacées au 19 décembre. Dans un premier temps, les Romains, ne sachant pas quelle date choisir, étendirent la fête à trois jours ; soit les 17, 18 et 19. Au fil des années, la durée de la fête s’allongea. C’est donc sous l’empereur Dioclétien (244-212) que les Saturnales se déroulèrent sur une semaine entière, achevant celles-ci le 24 décembre.

Ce jour du 24, une fête était particulièrement attendue : La Fête des Sigillaires. Ce nom vient du mot latin “sigillum” qui signifie “sceaux”. Lors de cette fête, les personnes s’échangeaient des sceaux ou des cachets de terre. Ils étaient principalement destinés aux enfants. Ce dernier jour était aussi connu pour l’organisation de festins organisés dans des maisons décorées de plantes vertes. Tout cela n’est pas sans rappeler notre Noël.
Pour aller plus loin, nous pouvons ajouter le 25 décembre. En effet, même si le 24 décembre annonçait la fin des festivités des Saturnales, le 25 annonce le renouveau. Ce jour-là, les Romains fêtaient le Sol Invictus, c’est-à-dire le “soleil invaincu”. Le solstice d’hiver – la nuit la plus longue – était passé. Ce jour est donc connu comme le Dies natalis solis invicti : “Jour de naissance du Soleil Invaincu”. Pourquoi cette expression ? Eh bien simplement pour fêter la victoire du soleil sur ce jour sombre.

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Pour la petite anecdote, Macrobe – un écrivain, philosophe, philologue latin – ajoute un autre aspect religieux à ce jour. Dans le Saturnaliorum Libri Septem, il écrit qu’il y a un rite ce jour-là qui consiste à offrir des figurines de terre cuite sur l’autel de Saturne afin de se protéger soi-même ainsi que les membres de sa famille.

Comment fonctionne la ville durant les Saturnales ?

Il faut savoir que durant cette période très peu de personnes travaillaient à cause du climat. En effet, les paysans délaissaient leurs champs, les nobles ne prêtaient plus attention à l’administration. C’était une période d’arrêt total de la production. Bien que l’administration reprenne après les Saturnales, les paysans ne retournaient à leurs champs qu’à partir du 13 janvier.

Que célèbre-t-on dans les Saturnales

Les Saturnales étaient l’occasion pour les Romains de nombreuses réjouissances. L’abondance des futures récoltes, liées à Saturne, y était célébrée ainsi que, comme nous l’avons vu, le solstice d’hiver. Mais d’autres divinités dont les attributions étaient d’aider à traverser les périodes sombres, guérir la douleur et la tristesse, étaient également honorés.
Mais ce n’est pas tout, on y célébrait aussi la liberté. Une des caractéristiques les plus marquantes de ces fêtes est l’abolition durant toutes les Saturnales des barrières sociales. Ainsi, maîtres et esclaves étaient, durant ces jours-là, égaux. Il arrivait dans certaines régions que ce soit une totale inversion des rôles sociaux. Ainsi les esclaves devenaient les maîtres de leurs maîtres.

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« L’âge d’or » par Jacopo Zucchi (1)

Pourquoi une abolition sociale ?

Il faut remonter au mythe de la race d’or. En effet, sous le règne de Saturne – avant que Jupiter ne prenne le trône des cieux – les Hommes appartenaient à la race d’or. Cette race aurait vécu durant une période de prospérité où les êtres humains vivaient sans vieillir, ni souffrir. Ils ne manquaient rien car la nature subvenait à la race. Abondante, elle permettait aux Hommes de ne pas avoir à cultiver. Ainsi cette race d’or vivait au plus proches des dieux.

Petite anecdote : Dans ses Saturnales, Lucien, un poète comique du IIè siècle de notre ère, montre une scène de discussion entre Saturne et l’un de ses prêtres à propos de l’ambiance générale de cette fête.
“[…] Ma puissance se borne à sept jours : ce temps écoulé, je redeviens un simple particulier, comme qui dirait un homme du peuple. Mais durant cette semaine, il ne m’est pas permis de m’occuper d’aucune affaire soit publique, soit privée. Boire, m’enivrer, crier, plaisanter, jouer aux dés, choisir les rois du festin, […] Voilà ce qu’il m’est permis de faire. Mais les grands biens, la richesse, l’or, c’est Jupiter qui les donne à qui lui plaît”

Ainsi l’abolition sociale est un moyen de rappeler le temps du règne de Saturne. Afin de montrer cet affranchissement de la barrière sociale, tout le monde portait le pileus. C’était un bonnet en feutre qui démontrait que l’esclave qui le portait avait été affranchi. Ce bonnet est un symbole de la liberté qui inspira plus tard dans l’histoire, le bonnet phrygien lors de la révolution française.

Un roi pour les Saturnales ?

Nous entrons dans le domaine d’une autre fête que nous connaissons qui se déroule un peu plus tard dans le temps : l’épiphanie.

Durant les festins des Saturnales, un Romain était désigné comme le “Saturnalicius princeps” – le “prince/roi des Saturnales”. Pour l’élire, les Romains utilisaient une fève dans un gâteau. Ce dernier devenait alors le roi du jour, un tel statut lui permettait de voir tous ses vœux et ordres exaucés pour cette journée. Il était plus probable que ce soit un esclave qui soit élu, afin de raffermir ses liens d’affection envers ses maîtres, avant de retourner à sa vie servile. Il arrivait parfois que les maîtres soient un peu plus taquins et mettent à mort le roi du jour ; peut-être en guise de rappel subtil de leur statut réel.
Le roi des Saturnales est une caricature du pouvoir impérial provenant de l’inversion des rôles où cet esclave – ou noble selon qui a la fève – joue le rôle de figure absolue dans le chaos des Saturnales.

SATURNALIA de Tempera ! (2)

Maintenant, le carnaval ?

Nous pouvons retrouver cette inversion des rôles dans les carnavals. En effet, les Saturnales ont duré dans le temps sous plusieurs formes. Avant d’arriver à notre époque contemporaine sous forme de carnavals, les Saturnales trouvaient au Moyen-Âge leurs équivalent dans la fête des fous (ou la fête des innocents) – fête dont Victor Hugo redora le nom dans son roman Notre Dame de Paris (1831). Alors que le christianisme prenait de plus en plus de place, l’inversion des rôles n’avait plus rien à voir avec la fête de Noël. Mais est-ce vrai ?

dans Le Bossu de Notre-Dame de Disney (3)


Saint-Nicolas, le Saint Patron des enfants !

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Saint-Nicolas découpé d’un vieux magazine

Dans la culture chrétienne et populaire, la Saint-Nicolas met en scène ledit Saint qui récompense les bons enfants. Il est souvent accompagné de son terrible compagnon : le Père Fouettard chargé de punir les autres. Tradition encore vivace dans certaines régions européennes, elle se déroule soit le 6 décembre pour l’Église catholique ou le 19 décembre pour l’Église orthodoxe.La Saint-Nicolas est une fête où on réaffirme le lien des jeunes avec la religion en laissant un enfant prendre le rôle du Saint, souvent en costume de Pape, afin de distribuer des bonbons mais aussi faire des sermons parodiques ou satiriques – ce qui n’est pas sans rappeler les Saturnales !

Les Saturnales, aujourd’hui ?

En ce jour, il ne reste plus rien des Saturnales originales. Cependant, comme on a pu le voir, plusieurs de ses particularités se sont perpétuées dans d’autres fêtes. Il faut savoir que lors de l’ascension du christianisme, beaucoup de fêtes dites aujourd’hui païennes ont posé les bases des fêtes religieuses. Mais les bases et les racines de ces fêtes ne sont pas mortes pour autant. On n’a pu voir que pour Noël, nous avons à notre époque encore quelques vestiges des Saturnales. Le fait d’échanger des cadeaux, surtout pour les enfants, se rapporte à la fête des Sigillaires. La décoration des plantes vertes de cette fête sont principalement de guis, de houx et de lierres comme les décorations communes de Noël. Les festins ! La dernière – qu’on pourrait dire hypothétiquement – vient du terme Noël lui-même. La racine de ce mot est natalis. On pourrait donc en conclure qu’il vient de l’expression “Dies natalis solis invicti”. La naissance de Jésus, fils de Dieu, et la naissance du Soleil Invaincu se sont mélangés. Avec ces informations, on peut dire qu’il y a beaucoup de similitudes entre les Saturnales et Noël.

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Notes :

(1)Jacopo Zucchi fut un peintre maniériste florentin du XVIe siècle. Apprenti de Giorgio Vasari (1511-1574), il participa, à côté de son maître, à l’exécution des décorations du Palazzo Vecchio à Florence, entre 1557 et 1563.Il a fait une « sorte » de triptyque des âges de l’humanité : L’âge d’or, L’âge d’argent et L’âge de fer. A retrouver à Florence, Musée des Offices
(2) Tempera ! a créé un album dont les musiques évoquées la fête et l’ambiance des Saturnales.
(3) Comme dans Notre-Dame de Disney et de Victor Hugo, on élisait aussi un « roi des fous » qui est un rappel du « roi des Saturnales ».


Sources :

https://milo-epopeecelte.blogspot.com/2008/10/le-calendrier-gaulois.html
https://www.pasteurweb.org/Etudes/LeSensDesMots/FetesPaiennesDuMoisDeDecembre.html
https://reainfo.hypotheses.org/22008https://institut-iliade.com/lepiphanie/
https://www.persee.fr/doc/girea_0000-0000_1994_act_20_1_919
https://dor24.com/legende/mythe-age-or/
https://studylibfr.com/doc/4708568/jules-c%C3%A9sar-et-la-r%C3%A9forme-du-calendrier

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